NATIONS UNIES | NEW YORK | 22-26 MAI 2006
Dans le monde entier, les marchés au poisson regorgent d’activités, les menus affichent la prise du jour et le secteur des produits de la mer n’a jamais été aussi profitable. La popularité actuelle du sushi n’est qu’une des manifestations de la demande croissante en poisson.
En 2004, 95 millions de tonnes de poissons ont été capturées, en majorité par des flottes de pêche totalisant 24 000 navires dans le monde, d’après l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Le secteur de la pêche a
procuré des emplois à 38 millions de personnes en 2002. Environ 38 pour cent des poissons font l’objet d’échanges internationaux, et en 2004, la valeur de ces échanges se montait à 71 milliards de dollars US. La valeur à l’exportation des espèces
océaniques, en particulier les produits dérivés du thon, atteignait 7,3 milliards de dollars en 2004, soit quatorze fois plus qu’en 1976.
Même si une bonne partie de la croissance dans ce secteur est due à l’aquaculture, les habitants de la planète continuent d’obtenir deux tiers de leurs poissons en les capturant dans les océans.
Mais il est à craindre (et ces craintes sont scientifiquement fondées) que cette façon de faire traditionnelle, où chacun peut pêcher ce qu’il veut en haute mer, ne puisse plus durer. Dans un rapport sur la pêche durable, le Secrétaire Général des Nations Unies Kofi Annan a décrit la situation actuelle comme une abondance de pêches « olympiques » : des navires de pêche qui font la course pour attraper un maximum de poissons aussi vite que possible, en vertu de ce qu’ils considèrent comme un « régime d’accès illimité » où peu de règles communes ont été établies ou sont respectées.
Un coup d’oeil sous la surface révèle que la principale ressource de l’industrie de la pêche, à savoir le poisson, est menacée. La situation est grave : d’après la FAO, trois quarts des pêcheries mondiales ont été exploitées à fond et même au-delà de
leurs limites, et beaucoup de stocks de poissons sont à présent épuisés.
« Certains stocks ichtyologiques sont appauvris au point que leur valeur commerciale est nulle à présent, peut-on lire dans le rapport du Secrétaire Général. D’autres stocks ont été réduits de façon substantielle, au point que leur survie biologique est gravement menacée. »
La proportion de stocks surexploités et épuisés est passée de 10 pour cent en 1974 à 23 pour cent en 2003, rapporte la FAO.
Sept des dix espèces qui représentent 30 pour cent de la production mondiale des pêches de capture en termes de quantité seraient pleinement exploitées ou surexploitées : anchois péruvienne, carangue du Chili, colin d’Alaska, anchois japonaise,
merlan bleu, capelan et hareng de l’Atlantique.
L’état des stocks varie selon l’espèce, d’après la FAO. Le nombre total de prises de thons et espèces assimilées a dépassé les 6 millions de tonnes pour la première fois en 2002, ce qui équivaut à 11 pour cent de la valeur totale des poissons pêchés pour
la consommation. Les captures sont également en hausse pour les espèces tropicales comme les bonites à ventre rayé (qua trième espèce en termes de captures mondiales en 2006) et les albacores.
Mais les analyses que la FAO s’apprête à publier indiquent qu’environ 30 pour cent des stocks de thons et espèces assimilées, plus de 50 pour cent des requins océaniques (tous grands migrateurs) et près de deux tiers des stocks chevauchants et des stocks des autres ressources hauturières sont surexploités ou épuisés.
Ces stocks ne représentent qu’une fraction des ressources halieutiques dont dépendent des millions d’individus qui en tirent subsistance et nourriture, mais ce sont des indicateurs clés de l’état d’une gigantesque partie de l’écosystème océanique, qui
paraît encore plus gravement surexploité que les zones économiques d’exclusion de 200 milles marins.
Les pays cherchent à renforcer la gestion et la conservation des stocks de poissons
Accord international sur la pêche hauturière
Après l’adoption de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer en 1982, les pays côtiers reçurent la permission de définir une zone d’exclusion économique longue de 200 milles marins, en deçà de laquelle ils obtenaient le droit exclusif de réglementer la pêche.
Mais au-delà de cette limite, toutes les nations étaient autorisées à pêcher dans les « biens communs planétaires » et n’étaient soumises qu’aux règlements sur lesquels tous les participants avaient pu se mettre d’accord. En 1992, à l’occasion de la
Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement (plus connue sous le nom de Sommet de la Terre), les pays acceptèrent d’ouvrir une nouvelle série de négociations afin de promouvoir la mise en application de la Convention
ayant trait aux stocks chevauchants et aux stocks de grands migrateurs en adoptant de meilleurs mécanismes de gestion des stocks clés qui traversent la limite des 200 milles séparant la zone d’exclusion économique de la haute mer.
Cette conférence intergouvernementale aboutit en 1995 à l’accord sur la conservation et la gestion des stocks de poissons dont les déplacements s’effectuent tant à l’intérieur qu’au-delà de zones économiques exclusives (stocks chevauchants) et
des stocks de poissons grands migrateurs, traité qui tenait soigneusement compte à la fois des intérêts souverains de tous les pays et du besoin de maintenir et de veiller à l’application d’un régime de conservation, grâce à la coopération de toutes les
parties impliquées.
Les pays se retrouveront aux Nations Unies du 22 au 26 mai pour une conférence chargée d’examiner la mise en oeuvre de l’accord de 1995 et d’en renforcer les clauses. C’est la première fois que ce traité est passé en revue, et la conférence évaluera
s’il suffit à assurer la gestion et la conservation de ces stocks ou s’il est nécessaire de proposer d’autres moyens de renforcer l’accord et de nouvelles méthodes pour veiller à son application, afin de résoudre les problèmes actuels.
« Cet accord a suscité un intérêt renouvelé et un changement d’attitude face au problème de la gestion des pêches et le problème grandissant de la surpêche et de la pêche illicite, déclare David Balton (Etats-Unis) qui a présidé aux entretiens préliminaires à la Conférence au mois de mars. Ce problème reçoit un écho plus grand à présent. »
Mais en dépit des efforts entrepris, ajoute M. Balton, la capacité des flottes de pêche n’a pas cessé d’augmenter, ce qui contribue à la surpêche et à l’appauvrissement des stocks les plus importants.
« La situation a sérieusement empiré depuis 1995, avertit Matthew Gianni, un expert indépendant qui travaille en étroite collaboration avec d’importantes organisations non gouvernementales sur les questions liées à la pêche et à l’océan. L’accord
avait quelque chose de prémonitoire, tant il avait prévu la situation actuelle. C’est un instrument extraordinaire. »
Gianni, pour qui l’accord est « l’un des traités environnementaux les plus importants », estime qu’il s’agit d’un pacte « robuste, à condition qu’il soit réellement mis en application. »
Le traité a déjà fait ses preuves, ajoute Gianni. Ayant empêché que les stocks de merlan s’appauvrissent encore plus dans le détroit de Behring, l’accord a permis une nette diminution du massacre des dauphins dû à certaines techniques de pêche
dans le Pacifique. Mais la pression du marché pousse les flottes de pêche à sortir de plus en plus loin afin de trouver de nouvelles espèces ou d’autres stocks, regrette-t-il.
Depuis la signature de l’accord en 1995, de nouvelles associations de pêche régionales ont vu le jour, fait remarquer Balton.
D’autres ont renforcé leurs statuts. Ces organisations régionales ont pris des mesures pour veiller à l’application de l’accord et ont amélioré leurs capacités de surveillance des flottes de pêche dans leur zone d’attribution. Elles ont également veillé à
promouvoir de meilleures techniques de pêche et l’utilisation de matériel plus moderne afin de réduire l’impact néfaste de certains types de pêche sur l’environnement marin. Beaucoup de pays ont intégré certaines des clauses de l’accord dans leur
législation nationale, précise-t-il.
Mais le problème de la pêche illicite, non-déclarée et non-réglementée persiste, ajoute Balton, et les propriétaires de bateaux parviennent à échapper avec de plus en plus d’habileté aux contrôles et aux règlements gouvernementaux. Si chaque Etat a le
droit de réglementer les navires battant son pavillon, les armateurs arrivent à éviter les sanctions par une série de manoeuvres visant à dissimuler l’appartenance réelle du bateau.
« Un bateau peut naviguer sous le pavillon d’un premier pays, appartenir à une compagnie ayant son siège dans un deuxième pays, avoir un commandant ressortissant d’un troisième et un équipage d’un quatrième, pour aller vendre ses prises
encore ailleurs. »
Le problème est que, même si l’on ne peut pas chiffrer avec précision la pêche illicite, non-déclarée et non-réglementée, les bateaux de pêche qui opèrent en dehors de l’accord et des règlements des organisations régionales tirent tout bénéfice du fait
que les Etats limitent les captures pour permettre la reconstitution des stocks de pêche.
« C’est l’exemple classique du pique-assiette, explique Balton. Ce qu’il faut faire, c’est durcir les sanctions pour pêche illicite. »
Il est aussi convaincu qu’un plus grand nombre d’Etats devrait ratifier l’accord, qui compte 57 parties à ce jour.
« La ratification de l’accord se fait avec une rapidité extraordinaire, dit-il. Le nombre de ratifications est réellement impres sionnant. » Et d’ajouter que d’importants pays producteurs de poisson comme le Japon, l’Indonésie et les Philippines,
viennent d’annoncer leur intention de ratifier l’accord.
Balton reconnaît qu’il comprend les raisons pour lesquelles certains pays hésitent à signer le traité. Certains pays en développement en particulier n’ont pas encore les ressources et les capacités nécessaires pour se plier à toutes ses clauses. La conférence chargée de l’examiner peut aider à encourager les nations industrialisées à aider les pays en développement, ajoute-t-il.
L’accord soulève un certain nombre de questions délicates, dit-il. Certaines ont à voir avec la compatibilité entre les mesures de conservation et de gestion adoptées par les Etats côtiers dans les zones qui tombent sous leur juridiction nationale et
celles qui ont été adoptées pour la haute mer avoisinante. D’autres pays s’inquiètent des clauses de l’accord qui obligeraient leurs navires de pêche hauturière à se laisser arraisonner et inspecter par les fonctionnaires d’un autre Etat.
« La conférence examinera et évaluera le bien-fondé de l’accord, fait valoir Balton. Elle examinera ce qui marche et ce qui ne marche pas vraiment. Mais je suis persuadé qu’elle conclura qu’il faut prendre des mesures supplémentaires. »
Pour plus d’informations, vous pouvez consulter le site web à l’adresse suivante: www.un.org/french/law/los/index.htm;
ou contacter Edoardo Bellando au Département de l’information au: (212) 963-8275; bellando@un.org, ou Daniel Shepard au:
(212) 963-9495; Shepard@un.org.
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